La danse du dollar
Afin de continuer une politique de déploiement déjà bien rodée, Microsoft propose une réduction de près de 700€ sur le pack office 2007 pour les étudiants. Et même plus pour ceux qui souhaitent ne prendre une licence que pour un an. Le prix d'Office 2007 est de 750€, mais on peut maintenant, sous certaines conditions, l'obtenir à 18€/an ou 52€ pour une licence définitive. Définitive, ça veut dire jusqu'à la sortie de Windows Seven, anciennement Vienna, anciennement anciennement Blackcomb, s'il sort en 2010 comme prévu et s'il est accompagné d'un Office 2010, comme l'a été Vista avec Office 2007.
Calcul : ça fait dans deux ans et demi, 18+18+18/2 = 45€. La licence "à vie" sera de toute façon de courte durée. Après le changement des extensions de fichiers de Office 2007, il faudrait être bien naïf de croire que le prochain Office gardera les mêmes extensions qu'Office 2007. Un document Word sous Office 2003 a une extension en '.doc", l'extension sous Office 2007 est ".docx", illisible pour Word 2003. Conclusion : l'utilisateur est obligé d'acheter Office 2007 pour lire les fichiers en ".docx", pareil pour les ".xlsx" d'Excel, etc. Microsoft a utilisé cette astuce à chaque fois qu'ils sortaient une nouvelle version d'un élément d'Office, même si cette extension avait le même format.
La polémique et le ton montent, lentement mais sûrement, contre l'entreprise américaine. J'avais déjà fait un petit article sur le sujet (que je ne retrouve pas...), où je regroupais des infos sur la genèse de Microsoft, son contrat avec IBM pour l'intégration d'MS-DOS sur les machines, MS-DOS qui avait été racheté par William Gates à une entreprise alors qu'il s'appelait Q-DOS, 'Quick and Dirty Operating System' (le D est resté...), etc.
Bref tout ça a rendu Bill Gates assez riche pour qu'il puisse rembourser la dette des 40 pays les plus pauvres du monde. Et oui, c'est bien nous les pigeons dans l'affaire, surtout qu'on n'a pas encore vraiment le choix. Ça va venir.
Microsoft s'est pris 2 bonnes baffes avec d'une part l'échec retentissant de Vista, car malgré tout ce qu'ils peuvent dire ils se sont bien plantés, et puis par la justice européenne. D'abord, faire tourner Vista demande des ordinateurs avec des caractéristiques techniques qui ne sont pas encore ou à peine sorties. C'était prévu, puisque Vista devait créer un total de 250 milliards de dollars de bénéfices pour les entreprises partenaires (constructeurs et assembleurs de PC entre autres) qui verraient leurs ventes super augmentées. C'est motivant pour eux, certes. Mais nous ne sommes plus en 1990 et les gens sont moins naïfs sur ce qu'est un ordinateur, et nous en sommes tous équipés dans les marchés principaux visés par Microsoft. Ensuite, et ça découle de ce dernier point, tout le monde a bien compris que la différence entre XP (devenu enfin à peu près stable après 2 "Service Pack", i.e. 2 gros pansements) et Vista, c'était un bon lifting. Et de la "sécurité" en plus, c'est à dire le moyen pour son Vista de décider que tel ou tel logiciel doit être effacé car piraté. L'argument "massue" de Microsoft pour Vista est Aéro, le truc qui est en fait une pâle copie de ce qu'on trouve avec Beryl sous Linux depuis des lustres. Suivez le lien si vous voulez voir ce que j'ai comme bureau sous Linux. La vidéo est une démonstration récente, mais le principe est vivant depuis plusieurs années.
Pourquoi Office a changé de tête ? Eh bien, par soucis d'ergonomie, sans doute, même si c'est assez hypocrite de dire ça puisque quand on a l'habitude de travailler avec, on connait bien les menus et souvent même les raccourcis clavier. Mais aussi parce que ça veut dire une création de richesse avec de nouvelles formations pour les utilisateurs. Franchement, est-ce qu'un utilisateur lambda a vraiment besoin de voir en direct les transformations de couleur ou de police sur son texte ? Non, non et non.
Je serai honnête en disant que Office 2007 m'apporterait une vraie bonne évolution : la possibilité d'utiliser - enfin - la formule "moyenne.si" dans Excel, inexistante dans Office 2003. Elle permet par exemple de faire la moyenne des chiffres d'une colonne si et seulement s'il y a une information qui m'intéresse sur la même ligne. En gros, si on a un tableau avec 32 lignes pour Pierre, 46 pour Paul et 24 pour Jacques (toutes mélangées), avec une colonne de leur chiffre d'affaire, cette formule permet de faire tout de suite la moyenne du chiffre d'affaire pour l'un d'eux seulement. Elle m'aurait bien servi cet été-hiver pendant mon stage à Auckland, tiens.
Mais même à 18€/an, ça fait cher la formule. Alors qu'on pourrait penser qu'un petit patche suffirait puisqu'ils ont enfin trouvé le code de cette formule. On l'aura peut-être quand Office 2007 sera implanté sur plus de la moitié des ordinateurs utilisant Office, allez...
Les défenseurs de Microsoft et du libéralisme (et pourquoi pas de l'entreprenariat) disent que Microsoft a un rôle important qu'ils ont gagné en suivant les règles du marché. Bah non, c'est pas tenable comme argument, et la meilleure preuve est sans doute le demi milliard d'amende qui vient d'être confirmé par le Tribunal de Bruxelles (280,5 millions d'euro). Ca fait un moment que j'attends comme beaucoup que la loi soit simplement respectée. La vente liée (illégale) qui fait qu'on ne peut pas acheter un ordinateur sans Windows est au dessus du paquet : Microsoft prend de l'argent qu'on n'a pas forcément envie de lui donner, mais comme on n'a pas le choix, ça s'appelle une taxe. Rien que pour le principe, ça m'emmerde d'enrichir un Ricain milliardaire parce que personne ne s'agite le *** pour que la loi soit respectée. La justice est lente, d'accord, mais la situation dure depuis l'existence de Microsoft, ça commence à faire long.
Cette situation de vente liée (et autres illégalités comme la lisibilité des prix), c'est comme si à chaque fois qu'on achetait des vis, le tournevis était fourni et son prix inclus dans le total, sans qu'on ait le choix d'acheter des vis toutes seules ni de savoir le prix des vis d'une part et du tournevis de l'autre. Et qu'il y a d'autres tournevis qu'on trouve plus faciles à utiliser à côté, gratuits et pour lesquels il ne faut pas changer de manche ou de lame tous les mois. Ça gueulerait au service client de Casto, vous croyez pas ?
Le problème se pose dans le choix du consommateur, qui est pour le coup l'une des premières règles du libéralisme. Qu'on n'ait pas le choix du produit parce qu'il n'y en a qu'un sur le marché, c'est une situation de monopole très mauvaise pour le consommateur. C'est déjà une situation litigieuse. Mais quand on n'a pas le choix et qu'en plus il y a d'autres produits sur le marché, c'est un abus de position dominante caractérisé, et c'est encore plus grave. Tuer les concurrents, c'est le principe, mais son corrélaire est qu'il ne faut pas tuer toute la concurrence.
Pour enfoncer le clou, il faut bien se rendre compte des coûts et recettes d'une entreprise comme Microsoft. La principale dépense se situe dans le markéting, c'est à dire la publicité pour promouvoir le produit. Le budget de recherche et de développement est bien plus limité. Les recettes se font essentiellement dans la vente du produit. Or la marge est énorme entre la production du produit et sa vente. Un DVD vierge coûte quelques centimes, surtout quand il est acheté en millions d'exemplaires. L'installation sur les machines vendues avec Windows intégré ne se fait même pas par des employés de Microsoft, mais par les constructeurs, et c'est la principale vente. Encore mieux, Office 2007 est proposé en téléchargement, donc c'est l'utilisateur lui-même qui fait l'installation. Coût d'un téléchargement d'Office pour Microsoft ? L'électricité pour maintenir le serveur allumé, en plus du coût fixe que représente l'achat du serveur. Soit rien, parce qu'amortit en quelques ventes. Bénéfice brut : le prix que l'utilisateur paie pour accéder au téléchargement. Ca veut dire 52€ gagnés sans rien faire. Du bon biseness, quoi.
On ne peut pas reprocher à Microsoft de faire ce genre de vente, il n'y à rien à dire sur une transaction de ce style (par téléchargement), c'est même assez sympa de leur part. Mais bon, le but est quand même de permettre à de très nombreux nouveaux consommateurs d'utiliser un produit Microsoft. Quelle est l'impact d'une entreprise qui développe une version de Linux et qui propose son produit pour 10€ ? Pas grand chose, pour beaucoup de raisons mais la principale, d'après les développeurs, est que Microsoft se garde bien de suivre les standards universels et cherche toujours à créer ses propres standards et à les imposer pour se rendre incontournable. Et plus riche.
Il y en a un qui est content, c'est Steve Ballmer, le CEO (Chief Executive Officer) de Microsoft, le patron, quoi.
Paroles de la danse du dollar :
"I have 4 words for you : I love this company, yeeaaaah".
Ségolène Royal et François Hollande

