27 mars 2007

Un oranger sur le sol irlandais

On ne le verra jamais. Enfin ça, c'était bon pour nos grands-parents. Maintenant, avec le réchauffement climatique, les Irlandais envisagent d'un air gourmand que dans 50 ans, ce sera eux, la Côte d'Azur. C'est une bonne perspective de biznesse, ça.

L'été 2003, le fameux été de la canicule, ils ont eu aussi un gros coup de chaud dont ils gardent un souvenir mitigé. C'est vrai, il faisait entre 25 et 30 degrés, mais comment supporter cette chaleur ? L'irlande ne pourra plus s'appeler l'Île d'émeraude, si tout crame. Mais puisqu'on est dans le cynique, je dirais que toute l'Irlande ressemblera au Connemara finalement.

Si un jour vous cherchez à emmener votre épouse toute neuve en voyage de noces, ne cherchez pas sur un site irlandais. Car les choix sont intéressants mais limités au Kerry (sud-ouest de l'île) ou au Connemara (est). En Europe, quand on veut faire un voyage linguistique, on part à l'étranger. Ben pas en Irlande : on va dans le Kerry ou le Connemara pour apprendre le Gaélique.

Mais on ne peut pas traduire tout ça à l'échelle d'un pays de la taille de la France. En effet, nous avons une culture bien différente (ah bon ?), et si l'histoire a souvent donné rendez-vous à nos deux contrées (si si), certains discours de ressortissants de l'un des pays peuvent toujours choquer ceux de l'autre. Par exemple, en discutant avec un Irlandais d'une vingtaine d'années, j'ai appris que son grand-père s'était engagé chez les SS pendant la guerre. Et il en était très fier : les Allemands étaient à l'époque les seuls à (disait-il) à pouvoir "botter le cul" des Anglais. Dans ce cas, inutile de se lancer dans un débat politico-historique. Où cet autre Irlandais pour qui la mort de Saddam Hussein et la guerre en Irak en général est une très grande victoire pour le monde Occidental. Entre deux Guinness, difficile là aussi d'essayer de faire comprendre que la démocratie est surtout le choix d'un peuple et non de son envahisseur, et que pour rendre la liberté à un pays, il faut commencer par éduquer sa population pour qu'elle puisse faire ses propres choix. Enfin on sait tous comment les soldats américains ont été enrôlés, essentiellement dans les quartiers à fort taux de chômage et (cause ou conséquence) à fort taux d'illetrisme. Un petit tour sur Google video, Daily Motion ou YouTube pour se faire une petite idée.

Allez, j'ai fait une petite recherche pour vous.

Ici : comment conduire un Hummer quand on est un soldat américain, dans une ville d'Irak.

Ici : le risque quand on jette des pierres à un GI. Je ne sais pas ce qui est plus à vomir : la vidéo, ou les commentaires du caméraman.

Ici : Qu'est-ce que l'AI ? "Artificial Intelligence". Mais ici, explorons comment l'homme de la rue exprime son "American Intelligence". L'australie a du soucis à se faire, je vous laisse voir pourquoi.

Maintenant, imaginez une seconde ce qui se passerait si la France avait ce comportement en Côte d'Ivoire ou au Liban.

C'est ça, la guerre ? Peut-être que le fait que 60% des GI fument de la Marie-Jeanne y est pour quelque chose. Et ça expliquerait aussi pourquoi le taux de suicide est maintenant plus élevé qu'au Viêtnam.

Ici, les gens commencent à se poser des questions, surtout de savoir pourquoi un pays neutre comme l'Irlande accepte d'être une base américaine. Il y a de plus en plus de manifestations anti-guerre.

Maintenant il faudrait suggérer l'idée que quitter l'Irak comme ça, c'est aussi laisser le pays dans un état déplorable, après y avoir foutu un sacré bordel. Et que détrôner Saddam, c'était peut-être pas très malin si c'est pour simplement laisser le champs libre aux fanatiques religieux. Ce que je veux dire, c'est que maintenant il faut aller jusqu'au bout et créer des écoles, former des instituteurs.

Ah mais je suis bête. Tout le monde s'en fout, en fait. Maintenant, le plus important est "secure" : les gros contrats de reconstruction sont signés, et les puits de pétrole sont en sécurité.

21 mars 2007

C'est le printemps

Grande nouvelle. Ah ben ça se voit tout de suite, d'ici, que c'est le printemps. En effet, l'herbe est verte, et les averses de pluie laissent parfois la place à des averses de grêle. Et puis il y a du vent, beaucoup et glacé. Vivement l'été, où l'herbe est verte, et les averses de pluie laissent parfois la place à des averses de grêle.

Le temps est tellement déprimant que j'ai décidé d'emmener mon épouse en voyage de noces, profitant de deux semaines de vacances début avril. J'ai beau lui dire qu'on va en Suisse en train, elle a acheté deux ou trois maillots de bain qu'elle a déjà mis dans la valise "parce que comme ça, ils prennent moins de place dans le placard". Ben voyons. N'empêche, ça me met un peu de pression, j'espère que la destination lui conviendra...


Samedi dernier, l'International Society (l'assoce des étudiants étrangers de l'Institute) nous a organisé une journée à Dublin pur la St Patrick. C'est sympa, la St Patrick. Plein d'étrangers avec de grands chapeaux verts dans les rues, une parade de 2h dans le froid, avec... des gens déguisés en vert. C'est un peu ça aussi, l'identité nationale d'un pays. Moi j'ai préféré (lâchement) goûter à l'ambiance d'un pub dublinois pendant les finales du tournoi des 6 nations.

En effet, c'était tendu. Petit rappel pour ceux qui n'ont pas pu suivre (malgré eux) : loin devant, l'Irlande et la France, ensuite l'Angleterre et l'Italie (dont je salue la toute nouvelle maturité rugbistique), puis au fond à droite, le Pays de Galles et l'Ecosse. Au classement des matches gagnés, nous sommes à égalité, la France ayant perdu un match contre l'Angleterre et l'Irlande ayant perdu contre la France. Dans ce cas de figure, on compte le nombre de points marqués sur la totaité des matches joués.

L'irlande a joué en premier, écrasant l'Italie d'un gros 51-24. Ce qui nous fait 25 points d'un coup. La France, qui n'avait que 2 points d'avance au classement général devait donc battre l'Ecosse avec un écart de 23 points.

79ème minute du match de la France : 39-19 pour la France. Gros score aussi, mais insuffisant. Un match de rugby dure 80 minutes, je dis ça pour que tout le monde saisisse le dramatique de la situation.

Mettre un drop ? Pourquoi pas, mais ça nous mettrait à égalité avec l'Irlande. Il faut donc marquer un essai. Dans un dernier effort, la France franchit la ligne écossaise... Mais l'arbitre de terrain, bien qu'à un mètre du regroupement, ne distingue pas la balle et fait appel au 4ème arbitre, l'arbitre vidéo, pour qu'il statue sur la situation. Vous le savez, cet essai a été accordé, donnant la victoire du tournoi à la France.

On n'était pas beaucoup à soutenir les bleus dans ce pub où trois vigiles bloquaient l'entrée, estimant que le maximum de 630 personnes dans la salle était atteint. On n'a pas trop chambré nos voisins, on n'est pas suicidaires. La nuit était déjà tombée et l'alcool ayant été ingurgité en abondants litres, la susceptibilité pouvait donc sortir de nulle part. On a quand même récolté quelques "congratulations" avec le sourire et une franche poignée de main.

Et puis, cerise sur le gâteau, l'Angleterre s'est pris une bonne... fessée alors qu'elle jouait à Londres.


Le retour à Athlone s'est fait sans trop d'encombres, le bus slalomant entre les gouttes de pluie, secoué par de violentes rafales de vent comme un fruit dans un milque-tchèque.

Moi qui me vantais un peu trop d'avoir du temps libre, je me suis fait rapidement rattraper par les événements. Il n'est plus libre, car je le passe à créer une entreprise. L'une des matières que je suis s'appelle "Business Management & Entreprise Development", et nous devons faire marcher notre sensibilité entrepreurariale pour monter un biznesse dont la qualité première sera : fait de la thune, beaucoup, très vite.

Nous devons faire ça en équipe, sans avoir le choix de ses 2 partenaires : dans une entreprise, on choisit rarement ses collègues et il faut faire avec. Mes anciens collègues qui me lisent en savent quelque chose, hé hé hé. Je suis tombé sur deux Irlandaises, ce qui fait a priori assez peu plaisir aux étrangers que nous sommes. En effet, ils ont plutôt la réputation, comme je vous l'avait raconté, d'être "easy-going". En gros, il faut s'attendre à avoir nettement plus qu'un tiers du boulot à fournir. Mais en fait tout fonctionne bien, et j'ai pu enfin les rencontrer hier (les équipes ont été construites en janvier, mais elles ont pris de très longues vacances). J'ai dû faire une drôle de tête quand elles m'ont dit qu'elles avaient eu l'idée d'ouvrir un café où l'on servirait des fruits pressés. Un rapide calcul : il faut un local, il faut acheter la marchandise périssable à flux tendu, etc., donc il faut faire un emprunt auprès de la banque, pour espérer faire quelqus centimes de marge sur chaque produit vendu. La maîtresse a dit de faire de l'argent très vite et en masse. J'ai pris les commandes en douceur et on a pris une tout autre direction.

Cette création d'entreprise me prend beaucoup de temps, à mon plus grand plaisir. Rien de tel qu'un projet comme ça pour que je m'épanouisse, ma foi. Cela explique en grande partie ma longue absence ici. Je vais y remédier, promis. Un grand merci en tout cas à tous ceux qui me font comprendre qu'ils attendent de nos nouvelles sur ce site, c'est très encourageant, de même que les petits mots laissés sur le livre d'or !!

9 mars 2007

SHAG and RAG

"Mais non, mais non, le Guillaume n'est pas mort, car il blogue encore, car il blogue encore", chantait-on à peu de mots près dans le car nous ramenant d'un match de rugby, au club de Versailles.

Le temps passe très vite ici... Et la connexion Internet connaît de nouvelles sautes, ce qui ne facilite pas le programme.

Mon titre a dû faire sauter les anglicistes qui me lisent au plafond. Les autres, il vous suffira d'ouvrir un dictionnaire pour vous faire une idée, mais comme je n'ai pas l'intention de mettre de trop nombreux mots vulgaires dans ce carnet, je m'abstiens d'une traduction.

Il s'agit, comme on peut le constater par le fait que RAG et SHAG sont en majuscules, de deux acronymes. C'était les noms officiels de deux semaines en Irlande. La première, la "SHAG week", était une semaine dont le thème était quelque chose comme "Sexual and Health" et -je n'en suis pas sûr- "Advices and Guidance".

Puis la "RAG week" : "Raise And Give". Bon. C'est déjà plus sérieux.

Résultat : plusieurs bagarres sérieuses, et 4 viols d'étudiantes de l'Institute.

J'aime être politiquement incorrect, ce qui expliquera les quelques lignes qui suivent.

Je vous ai déjà parlé des jupes mode large ceinture. Mais quand un irlandais qui n'a pas désaoulé depuis 3 jours, voit, en boîte, une fille dans le même état, qui lui montre qu'elle n'a pas de sous-vêtements, à la place de l'Irlandais, on est en droit de croire que la demoiselle en question est ouverte d'esprit. Je veux dire par là que le viol est sans doute l'une des souffrances les pires qui puissent exister, mais qu'il faut être naïve pour ne pas imaginer les conséquences d'une attitude ou d'un tel déguisement.

L'Irlande reste un pays anglo-saxon, sous forte influence américaine de par les programmes télévisés notamment. On commence par se fréquenter (c'est à dire que le garçon appelle la fille, l'invite au restau plusieurs fois à intervales précis), puis une fois que la relation est dévoilée, que le couple est formé (personne n'a encore touché personne), qu'en quelque sorte le garçon a une sorte de "propriété" sur la fille, alors la discussion arrive : "j'y ai bien réfléchi, je crois que ça peut marcher entre nous". Et là on peut, si tout le monde est d'accord, passer aux choses sérieuses.

Je citerai (à peu près) pour mémoire une réflexion de l'un des personnages dans "la vérité si je mens 2" : "Les américains, y niquent plus. Il font des "dates". Une "date", c'est quand tu crois que tu vas niquer, mais qu'en fait tu niques pas".

On comprend peut-être mieux la violence qu'un tel échappatoire peut alors dégager. Parce qu'un étudiant Irlandais sur mille sait vraiment ce que veulent dire "SHAG" et "RAG". Les autres ? Ils savent que ce sont deux semaines où l'on ne doit pas compter l'argent qu'on dépense en alcool. D'ailleurs ces acronymes y sont certainement pour quelque chose.

Il faut savoir ce qu'on veut.