23 nov. 2007

Google tout-puissant

Qui en doute ? Avec plus de 60% du marché des moteurs de recherche et le premier concurrent (Yahoo) qui n'atteint pas les 25%, il est difficile de remettre en cause cette suprématie.

L'algorithme créé par les deux fondateurs de Google est terriblement puissant. À un point dont peu de gens ont conscience. Pire, il n'est pas toujours évident de se protéger des attaques pirates dont les outils sont fournis par le moteur de recherche. Si vous avez une ouèbcame par exemple, n'oubliez pas de protéger son accès par un mot de passe et un identifiant. Sinon n'importe qui pourra y avoir accès en faisant une recherche un peu évoluée. J'ai moi-même été un peu surpris de pouvoir prendre le contrôle de caméras de surveillance dans un laboratoire de chimie américain, dans un appartement japonais (et faire peur à un chat), dans une usine je-ne-sais-où, sur une plage en Australie... Je viens de trouver une page qui liste un certain nombre de mots-clef pour accéder à ce genre de résultats, ce sera un peu plus simple pour vous faire une idée.

Petite analyse et explication. Par exemple, l'un des premiers mots-clef proposé est "inurl:ViewerFrame?Mode=Refresh". "Inurl:" veut dire que l'expression que l'on recherche est dans l'URL, dans l'adresse. Ici on recherche une page qui propose une image (viewer) dont le contenu est réactualisé (donc une vidéo).

Si l'on recherche un site (par exemple http://eirederien.free.fr) dont on connait une partie de l'adresse (par exemple "eirederien"), il suffit de faire une recherche "inurl:eirederien" dans Google pour tomber sur ça : la liste de toutes les adresses internet qui comportent le terme "eirederien". On y trouve tous mes articles ainsi que tous les sites qui référencent l'Eire de rien.

Mais les gens ne mettent pas que des pages html, css ou php sur leur serveur. Ils mettent aussi des fichiers Microsoft Excel avec des listes de mots de passe par exemple. Donc une recherche dans le genre "filetype:xls username password" est pleine d'infos intéressantes. Tout n'est pas à prendre, mais tout n'est pas à jeter non plus si l'on cherche des données sensibles non protégées.

Microsoft "offre" des mises à jour de sécurité parfois plusieurs fois par semaine. Un plus gros tous les premiers mardi du mois, connu sous le nom de "Tuesday patch". C'est maheureux, mais c'est nécessaire. Par exemple le logiciel Microsoft Frontpage est connu pour nous faire facilement de beaux sites sans avoir aucune notion de code. Eh bien Google permet de trouver facilement les pages de mots de passe générées par ce logiciel et qui sont mises sur internet par ceux qui, justement, n'ont pas de notions poussées en informatique. Une recherche qui donne ces données sensibles : des mots de passe de sites créés avec Microsoft Frontpage.

Je tiens à insister sur le fait que cette recherche peut être faite par tout le monde. Il s'agit d'un soucis d'information de ma part, non d'un guide de piratage. Je pense que Microsoft a corrigé cette erreur inadmissible, mais vu le nombre de résultats que donne cette recherche il semble que tout le monde n'a pas mis à jour son site fait avec une version non sécurisée du logiciel. Je vous laisse faire la relation entre les patches de sécurité de Microsoft Frontpage et ceux de Microsoft Windows. Moi, je m'en fous, hein. J'ai accès à plus de 70.000 logiciels gratuits et open-source, c'est à dire dont le code est et peut être vérifié/complété/amélioré par des dizaines de milliers de codeurs dans le monde. Et puis je ne crains pas les virus puisqu'ils ne peuvent pas exister sous Linux.

Heureusement, un Service Pack 1 pour Vista est prévu pour février 2008, mais surtout pour "plus de sécurité". Brrrr.

Encore un exemple : si vous voulez avoir accès à des mp3 que des particuliers mettent sur leur propre espace internet, il suffit de le chercher. Il est bien entendu illégal de faire un clic droit et de faire "enregistrer sous", à moins d'avoir déjà acheté un exemplaire de la chanson que l'on télécharge. Si vous avez l'intégrale de Nirvana et que vous voulez, je sais pas, la mettre sur votre ordinateur sans perdre du temps à l'encoder en mp3, il vous suffit de faire cette recherche pour trouver votre bonheur. Si les premiers liens ne sont pas les bons, il faut essayer les suivants.

Je peux vous dire que j'en apprends tous les jours sur la résolution de l'écran, la vitesse de connection, la version flash installée, le navigateur internet, le fournisseur d'accès (etc.) de mes lecteurs. Celui qui croit qu'il peut soeurfer sur internet incognito se trompe jusqu'au coude. Tout est inscrit dans le Grand Fichier, à commencer par son adresse IP, vous savez, ce chiffre bizarroïde qui permet à la police de retrouver les trafiquants de mp3 et de films.


Un autre outil intéressant proposé par Google : le Google Trends (les tendances de Google). On peut comparer le nombre de recherches faites sur plusieurs mots, comme par exemple Ubuntu et Microsoft Windows Vista, ou Ubuntu et Microsoft Windows XP. On peut s'amuser à faire de jolis dessins, ou constater que l'Égypte est championne du monde de la recherche du terme "sex", alors qu'en comparaison le Pérou préfère rechercher du "porno". J'imagine qu'on peut en apprendre de belles sur la socio-psychologie d'un pays. Notez l'une des limites de l'outil qui propose des liens vers des articles de journaux traitant des mots recherchés. Comme si le fait qu'un officier d'État américain qui aurait une relation avec une prostituée serait la cause de recherches plus fournies dans le monde sur le terme "sex" lui même.

- Tiens, chéri, j'ai lu un article très intéressant dans le journal, mais je voudrais être sûre de bien comprendre, je vais chercher des informations supplémentaires sur Google et je reviens dans dix minutes.


D'autres choses sont étranges. Dignes révélatrices que certains bugs peuvent exister dans le moteur de recherche. Qui croirait en effet à cette brusque interruption dans l'intérêt que l'on porte légitimement à la fourchette ? Pire, personne n'aurait cherché ce qu'est une fourchette avant le milieu du premier trimestre 2005 ??

Il est toujours flatteur de voir ça. Mais la courbe bleue est bien étrange avec ces pics de recherche en plein milieu d'année... Voyons, quelle pourrait en être la cause ?

Ah mais oui, bien sûr ! Ne cherchons pas plus loin, cette explication est suffisante et la corrélation est certaine.

16 nov. 2007

Régime spécial

Un peu d'humour dans ce monde de brutes... Ah non, c'est l'inverse... Tiens ça me fait penser à ce pauvre étudiant syndiqué ou presque qui expliquait avec de grands gestes intimidants, devant les caméras du journal télévisé à un anti-bloqueur-de-fac que le vote à bulletins secrets était anti-démocratique. Il est loin le temps où l'université française formait des anti-cons. Et pour quoi toute cette agitation, au fait ? Pour une loi votée il y a plusieurs mois, dont le but est d'enfin chercher à retrouver un équilibre moins menaçant pour l'avenir de la France.

N'oublions pas que 11% (*) des diplômés de l'université sont toujours au chômage après trois ans ! Tout va très bien. La France forme quelque chose comme un quart des psychologues de l'Europe, mais il n'y a qu'un travail pour 5. Cherchez l'erreur. La solution est très simple : plutôt que d'envoyer sciemment tous ces étudiants au casse pipe, il faut réduire le nombre d'inscriptions dans les filières diplomantes de l'ANPE. C'est quand même fou qu'on ose s'attaquer à cette solution au nom de la liberté.

Ah ben oui, pour la plupart des filières, ce sont les entreprises qui donneront leur avis. Mais ça ne met pas en cause la liberté de la fac, et ça ne la met pas "sous la dictature de l'entreprise" comme je l'ai entendu. Ça sent fort le refrain-amalgame d'extrême gauche qui ferait semblant d'oublier que le type d'entreprise le plus répandu en France est l'artisanat.

Et quelque part, il va falloir comprendre que le marché du travail, bah c'est quand même un peu l'entreprise qui embauchent, donc c'est à peu près normal que les besoins de l'entreprise soient pris en compte.

À l'exemple de la droite décomplexée de Sarko, on dirait que le principe s'étend avec l'étudiant décomplexé qui ose se regrouper et affronter ses camarades anarchistes qui bloquent les universités. Puis l'usager décomplexé qui ose ne pas soutenir un mouvement dont le but est de maintenir des régimes trop spéciaux, dont tout le monde connait l'anachronisme et l'inégalitarisme. Allez, y a pas que dans le public que le travail est dur. Et qu'on me parle pas de nivellement par le bas. Merci, mais s'il faut réformer ce système de retraites, c'est bien parce que les générations futures (dont moi) ne pourront pas les payer à nos parents. De mon point de vue, le nivellement par le haut c'est justement réduire ces retraites qui sont parties pour durer des dizaines d'années.

Merci la bonne conscience envers ses enfants...


Ici, Steven Seagal, l'acteur de films d'action américain qui ne connait que deux expressions de visage (content - pas content) est pour cette séquence pas content à cause des grèves.

Quand une perle mérite de circuler. Non, pas en train, pas en bus, pas en métro pisqu'y en a pas. En tout cas, dimanche, il y a manif à 15h. Bah oui, à pied.





Regime special
Par Mozinor


(*) ajout du 18 novembre : les chiffres entendus à France Info étaient corrects. Je vous invite à lire cet excellent article sur les chiffres, symptômes et maladies de l'université française que je viens de trouver sur cette page. Écrit par Michael Texier, maître de conférence en physique à Marseille.

10 nov. 2007

Petit délais

Pour cause de rapport de stage à finir fissa avant le 14, je dévoile le sujet de mon tutoriel (toujours en préparation, il y a des priorités qui peuvent attendre):

Une capture d'écran qui en dit déjà long !


Et le pire, c'est que c'est tout simple à faire. Pour les impatients, je vous invite à faire un tour sur le site PlayOnLinux, à le télécharger (c'est pour Linux, hein) et à l'installer. Oui, installer Microsoft Office sur Linux (sur Ubuntu 7.10, Gutsy Gibbon c'est simple en tout cas), c'est intéressant. Il reste bien le problème du VBA à règler pour Excel, mais je pense que je vais pouvoir continuer à m'en passer.


Pour les puristes qui disent que l'équivalent de Microsoft Office existe en libre et en gratuit (OpenOffice, pour Windows et Linux), je précise que je suis au courant, mais que pour des raisons de compatibilité, beaucoup d'utilisateurs de Windows ne veulent pas prendre le risque. Il y a quelques détails qui font qu'il n'est pas encore possible pour tout le monde de se passer de la suite monopolistique. Par exemple, je me vois mal expliquer à mon prof de finance structurée, en plein amphi, que c'est bien joli Excel, mais qu'il serait sympa de nous faire travailler sur des documents ".ods" en format libres plutôt que sur des ".xls" en format propriétaire. Il a beau être très intelligent, je crois qu'il ne comprendrait pas. Du tout. Il me dirait quelque chose dans le genre : "pourquoi, puisque c'est ce que tout le monde utilise ?" et là on serait parti sur une discussion philosophique sur le fait que faire comme les autres, les moutons, tout ça, le MicroSoft Dirty Operating System (MS-DOS pour les intimes), la vente liée, la rente illégale de Microsoft à chaque vente d'un ordinateur, la liberté comme droit fondamental de notre démocratie, le non-sens juridique qui oblige l'acheteur d'un ordinateur à accepter une license qu'il ne peut lire qu'en ayant... allumé l'ordinateur et par là même... accepté la license...

[Ma soeur a reçu son nouvel ordinateur portable, avec malheureusement Vista dessus. J'ai fait l'ouverture. 7 redémarrages avant de pouvoir apercevoir le bureau. Que fait la police.]

Mais mon prof aurait le dernier mot : "Sortez".

J'ai toujours envie de lui dire "vous vous plaignez de la nouvelle présentation de Office 2007, mais dans ce cas pourquoi vous ne repassez pas à la précédente ? Et pourquoi vous ne changez pas de logiciel ?" mais là encore, pour de nombreuses personnes il est préférable de rester sur ce qu'on connait, même si on ne le connait plus, que de passer sur quelque chose qu'on croit ne pas connaitre. Ça s'appelle l'appréhension du risque ou de l'inconnu. Mais bon sang, que d'économies pourraient faire les entreprises si elles se mettaient à l'OpenSource...

Sauf d'après Microsoft, dont les études ont prouvé, statistiques Excel et présentation PointPuissant à l'appuis que le passage de Windows à Linux coûterait de l'argent alors que le passage de Windows XP à Windows Vista créerait des emplois...

Un fin analyste me disait que le fait d'utiliser un programme libre et gratuit peut être interprété comme un signe de mauvaise santé financière pour une entreprise. Ce à quoi je répond : ça dépend de comment on présente les choses. Si l'on dit qu'on change de logiciels pour passer sur du gratuit, c'est sûr, il faut virer le directeur markéting-communication (tiens, vlan, la porte). Mais on peut aussi dire qu'on passe à l'OpenSource pour tout simplement se débarrasser des virus, pouvoir développer soi-même le logiciel, pour sécuriser ses données (quand on ne sait pas comment un programme informatique est fait, il faut par définition se méfier : un virus est un programme informatique, vous savez ce que c'est qu'un backdoor ?), etc, etc.


Enfin je dis ça je dis rien, OpenOffice est plus proche de Office 2003 que ne l'est Office 2007, question présentation.

Ah, pendant que j'y pense, il y a des informations dans le monde qui ne font frémir aucun journaliste "parce que tout le monde s'en fout". En tant que rédacteur d'un carnet de bord électronique, il est de mon rôle de les faire connaître. Je vous invite à lire cet article édifiant (Steve Ballmer, c'est le type dont je vous montre une vidéo ici). Moi, ça me révolte. J'ai envie de crier quelque chose comme "Mais bande de trous du cul !!", mais ça ne serait pas très poli. La déclaration du Nigéria prouve quelque part que quelqu'un leur a donné les "moyens" de prendre cette décision. Et puis cette invention à la con. Y en a marre. Faire du bisenesse, c'est bien. Arnaquer les pauvres, même quand on joue le Robin des Bois en créant une fondation, c'est pas ce qui mène au Paradis.

Pourquoi, la Fondation Bill & Melinda Gates, au fait ? Pour occuper la retraite de Billou et de sa femme ? Ma qué crétino ! Depuis que les pays sous-développés se sont transformés en pays en voie de développement, on leur a collé une étiquette de marché potentiel. Et un marché potentiel, quand on fait du bisenesse, ça s'occupe par tous les moyens. Fondation pour le savoir : avec des ordinateurs munis de Windows, bien sûr. Ils s'occupent de la santé aussi.

Petit extrait de Wikipedia : "D'après le Los Angeles Times, la Fondation Bill & Melinda Gates aurait investi 423 million de dollars dans les entreprises ENI, Royal Dutch Shell, Exxon Mobil, Chevron Corporation et Total. Ces investissements iraient à contre-courant des objectifs de la fondation, le Los Angeles Times citant dans un dossier de huit pages le cas du delta du Niger où la fondation lutte contre la poliomyélite et la rougeole et dans le même temps finance les entreprises pétrolières qui sont responsables d'une très grande partie de la pollution du fleuve et de l'air, à l'origine de maladies notamment respiratoires".

N'oublions pas que l'expression "tous les coups sont permis" se traduit en anglais par "All is fair in business". Je sais pas vous, mais moi je trouve ça symptômatique.

Je rajouterai une couche d'acide ironie en disant que d'un point de vue bisenesse, justement, je veux dire en prenant les oeillères d'un bisenesse-manne qui n'a pas d'autres chemises, dont le but dans la vie est de devenir l'homme le plus riche du monde par exemple, c'est assez logique et percutant. Vous voyez c'est ça qui me déstabilise un peu dans mes études, c'est qu'on apprend à réfléchir comme ça. La stratégie de Microsoft a toujours été la même : créer son propre cycle. Changer les formats à chaque nouvelle version d'un logiciel pour obliger tout le monde à passer au suivant est un exemple parmi d'autres. Toute morale mise à part, à quoi servirait une fondation contre la polio s'il n'y avait pas de polio ?

À rien.

Comment une entreprise qui fait de la lessive pourrait-elle engranger des bénéfices si tout le monde lavait son linge avec du charbon et de la soude ?

À rien.

Et c'est pas facile quand on vend des trucs chers et rapidement pleins de virus ou de plus en plus lents, alors que d'un autre côté se donnent des outils qui sont au moins supérieurs en qualité.

Je me répète, mais quand Microsoft fait vendre un ordinateur avec Windows, c'est le constructeur ou l'assembleur (et non Microsoft) qui installe Windows. En copiant depuis un disque générique. Imaginons un assembleur qui vend 1.000 ordinateurs avec Windows dessus, ça n'aura coûté à Microsoft que le coût du disque, quelques dollars. Vista se vend (mal) entre 230€ et 500€ en fonction des versions. Oui bien sûr, les coûts de recherche et développement... Mais Bill ne serait pas l'un des plus riches de ce monde si...

Rhôôôô, j'arrête, ok.


7 nov. 2007

De grandes nouvelles

Je suis muet depuis 3 semaines, d'abord à cause d'un mauvais virus (genre grippe aviaire sans les plumes) qui m'a bouché tous les orifices respiratoires, puis et surtout parce que je viens de passer une semaine en ermite dans les Alpes du Sud chez mes beaux-parents. Là-bas (auuu Conemarraaaa), une seule barre de réseau mobile, le réseau T88 (j'ai cru à un réseau italien, mais c'est un truc hybride pour les régions défavorisées en terme de population). Internet, ça sera pour quand Free déploiera le Wimax. Ah oui, tiens, en y repensant, j'ai un modem 56ko dans mon pc... Tant pis.

Une semaine à respirer de l'oxygène et à boire de l'eau de source, ça vous renfloue une santé de parisien frêle, crachotant et vitreux. Oui, sous un soleil de plomb, à 2.600 mètres, nous nous sommes gaussés en pensant à nos amis qui étaient dans le métro. C'est bon pour le moral, de se rendre compte qu'il y a pire que soi.


Pour moi, Internet est une source quotidienne d'information. Et là, en vacances, j'ai fait l'expérience de ne lire qu'un journal en plein milieu de semaine. En revenant, on ne parle plus des grèves des transports (pour les retraites, celles que je vais payer à des types qui seront à la retraite à 50 ans alors que je suis parti pour bosser jusqu'à 65), mais de la grève des marins pêcheurs. Le paradoxe français dans toute sa splendeur : on se plaint d'un euro trop fort, et on se plaint de la montée des prix du pétrole. Les deux en même temps, bien sûr, alors qu'il suffit d'ouvir un bouquin d'initiation à l'économie générale et de lire l'incipit pour savoir que c'est grâce à un euro si fort que le prix du pétrole ne monte pas autant que s'il était faible. D'accord, ce ne sont pas les mêmes qui grognent, mais ça prouve que les journaux à grand tirage sont d'un pessimisme professionnel. Pas capables de faire autre chose que de raconter les situations qui posent des problèmes.

Bref. Aujourd'hui Google nous fait parvenir une information de taille et je suis très déçu. Depuis le temps que la rumeur fait rage, je m'attendais à un téléphone portable proposé par cette entreprise, mais elle se limite à nous sortir un système d'exploitation. Mieux que rien, mais je suis déçu. Et je m'explique, avec des exemples.

En France, nous avons la chance d'avoir les meilleurs rapports qualité-prix dans l'Internet, information qu'il faut aller chercher à l'étranger (cf. la transmission des informations pré-citée). En Irlande, on nous proposait un très compétitif 3Mo pour 70€, limité à 10Go de transfert. Sans téléphone ni télé, non mais vous vous croyez où ? Au Paradis ?

En Nouvelle-Zélande, même topo. J'ai raconté mes déboires de la limitation à 3Go de transfert sur ce site même. Et tout ça, en France, pourquoi ? Parce qu'une entreprise a foutu un sacré coup de pied dans la fourmilière, j'ai nommé Free. En proposant un tarif unique de 30€ par mois, elle a obligé tous ses concurrents à s'aligner, quitte à rester, agonisant, sur la ligne de départ.

Je ne veux bassiner personne avec des pseudos cours d'économie, mais pour arriver à ce tarif, ils ont du faire de sacrées coupes dans les coûts. Tout abonné à Free qui a eu affaire avec le service clientèle de l'entreprise sait de quoi je parle. Je me rappelle avoir été balancé entre 3 différents services (commercial, technique, whatever) pour régler une question très basique, et n'avoir jamais eu que des gens au fort accent étranger incapables de comprendre ce que je demandais. Tunisie ? Inde ? Je n'ai pu le déterminer. Free est d'ailleurs la seule entreprise qui fasse encore payer le temps d'attente sur leur hautelaïgne. Mais on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière, comme on dit sauvagement dans l'armée.

J'ai eu un doute affreux quand j'ai appris que Free avait été recalé pour l'obtention de la 4ème licence mobile. Parce que j'ai appris en cours de stratégie comment on conserve un monopole. Ça se fait à grands coups de chèques avec plein de zéros. Free en opérateur mobile ? C'est la mort de vaches à lait pour trois entreprises bien implantées dans le marché du mobile que je ne citerai pas. Des marges réduites qui donnent des textos quasiment à prix coûtant (3 ou 4 centimes). Il faut amortir l'installation d'antennes, par exemple, ce qui justifie un certain prix du forfait. Mais il y a différentes façons de répartir les charges, pas seulement sur le prix demandé aux clients.

L'un de mes professeurs de première année (coucou, Laurent) nous avait fait un cours fort intéressant sur la question : si les tarifs des trois opérateurs sont à peu près équivalents et peu concurrentiels (une offre meilleure de l'un sur tel forfait retrouvera l'équilibre dans l'offre d'un autre sur un autre forfait), c'est que chacun est satisfait de sa part de marché. En gros, changer l'équilibre actuel revient à préparer la guerre, ce qu'aucun des trois est prêt à faire puisque les bénéfices sont déjà fort intéressants, et que la guerre, ça coûte des sous. C'est véritablement une situation de quasi-monopole, où très peu d'acteurs agissent (en se concertant ou non) pour maintenir leur position sans menacer les autres.

On retrouve d'ailleurs cette situation de quasi-monopole dans la lessive. Pour paraphraser mon professeur de Stratégies, "tout le monde sait faire de la lessive à commencer par nos grands-mères, il suffit de charbon et de graisse pour faire de la soude". Diable, il n'a pas tort. Dans l'exemple qu'il donnait, l'entreprise française "Le Chat" voulait, fort de son trésor de guerre amassé avec le reconnu et historique savon de Marseille, entrer sur le marché très fermé de la lessive. Là aussi, 3 grands acteurs pour un produit ne nécessitant pas de recherches très poussées, d'autant que Le Chat avait déjà un savoir-faire avancé dans le domaine. Le principe classique : utiliser le trésor en publicité, puis récolter les fruits des ventes dans un deuxième temps. Pour être très schématique, le niveau des caisses de l'entreprise devait suivre une sorte de courbe de Gauss à l'envers, en forme de "U" : on dépense d'abord jusqu'à un certain point, on ramasse ensuite. Argument phare de Le Chat : une lessive écologique, surfant sur l'excellente légitimité du savon de Marseille chez la "ménagère de moine de 50 ans".

Mais les stratèges étaient meilleurs chez les acteurs déjà présents. Ils ont simplement attendu que Le Chat soit endetté jusqu'à la lie pour que sorte (tiens, comme par hasard au bon moment) un rapport disant que finalement, les lessives Le Chat étaient aussi polluantes que les autres.

Les ventes n'ont pas décollé comme prévu, et Le Chat n'est plus français, incapable de rembourser le passif, ce qu'ils comptaient faire avec les ventes prévues.

Pour la petite histoire, vous noterez comme moi que les publicités sur les lessives suivent un cycle très bien rodé. Chaque acteur fait son matraquage pendant quelques semaines, puis c'est le suivant, puis le troisième, etc. C'est un partage éhonté des coûts de publicité. Parce que ce qu'on retient, c'est surtout que la lessive, c'est compliqué, avec plein de produits chimiques qui sortent de laboratoires, pour laver encore plus blanc. Ça a une forte image de produit qu'on ne peut pas inventer sans avoir des ressources très importantes. C'est on ne peut plus faux.

C'est comme le dentifrice : est-ce que le nouveau qui sort et qui est censé rendre les dents plus blanches veut dire que le précédent n'était pas, en fait, si performant ? Pourtant il était encore plus performant que le précédent. Pour rendre les dents blanches, rien de tel que... du charbon et du bicarbonate de soude. Moins de 1$, dit ce monsieur (le dernier dentifrice que j'ai acheté m'a coûté plusieurs euros) :





On peut aussi penser au fameux exemple de stratégie markéting chez les fabriquants de rasoirs. Je suis le premier à dire que c'est plus agréable d'utiliser un rasoir à 3 lames plutôt qu'à 2. Mais 4 ? Mais 5 ?? Mais avec un vibromasseur intégré pour exciter le poil et pour qu'il se redresse ? Pourquoi pas de petites lumières qui clignotent tant qu'on y est ? Ah, ça existe déjà ???

Je disais un jour en rigolant que les beaux dessins qui montrent la coupe du poil par le rasoir à 3 lames prouvaient qu'ils rasaient moins bien qu'un rasoir à 2 lames : quand on a 3 lames, apparemment, une lame ne coupe plus qu'un tiers du poil au lieu de la moitié...


Le principe de concurrence est pourtant fondamental. Et ce même si les journaux n'ont tendance qu'à relever l'avenir sombre des gens qui voient leurs entreprises se délocaliser, car les pays occidentaux sont incapables pour différentes raisons de concurrencer des pays en voie de développement sur le plan de l'industrie manuelle. Je suis souvent agacé par des discours de journalistes qui nous disent "vous vous rendez compte, dans ce pays où la démocratie est à peine installée, la vie de ces pauvres gens ? Ils ne gagnent que 30 dollars par mois !" Parce que le litre de lait coûte 2€ là-bas comme ici, peut-être ?


Le cafouillage qui a assorti l'annonce de non attribution de la 4ème licence à Free est symptomatique. Mon doute affreux venait du fait que ça ressemblait franchement au rapport d'experts sur la qualité de la lessive Le Chat. "Free n'a pas la 4ème licence mobile, parce que, euh, ils promeuvent le piratage informatique. Euh non, disons qu'ils le facilitent" -"Mais qu'est-ce qu'elle raconte, celle-là ? Elle prouve qu'elle ne connait rien au dossier !" -"Bon, on s'est mis d'accord, c'est finalement parce qu'ils n'ont pas voulu payer la licence en une seule fois, ils y tiennent à cette licence, mais ils n'ont pas lu les conditions d'attribution jusqu'au bout"...

Le chocolat est dans le papier alu.