16 oct. 2007

Dell(it) d'initiés

A grand renforts de publicité dans les milieux autorisés, Dell a annoncé suivre l'avis des internautes. Comprendre leurs attente. Ecouter leur suggestions. En bref, leur donner de la considération. Parce que eux, ils sont plus proches de nous. Plus proche, encore. Aïe ! T'es con ou quoi ?

En effet, dans un sondage auprès des clients dans le genre "ce que vous voulez qu'on fasse pour améliorer notre service, si tant est que ce soit possible" ou "dites-nous, et nous ferons", la demande s'est révélée aussi inattendue que très forte pour des ordinateurs neufs pourvus de Linux et non du payant Windows. Ca me fait marrer, ces gens qui font appel à la popoulassionne sans avoir imaginé au préalable quelles pourraient être les réponses. Ca me rappelle quelque chose.

Parce que Windows est payant, parce que Linux est mieux, parce que c'est la loi d'avoir le choix, pasque y en a marre sinon on fait grève, bref tout le monde avait des arguments plus ou moins valables.


Alors je fais un tour sur le site de Dell, à cette adresse. "A la demande générale, Ubuntu est arrivé". Ça commence bien, c'est beau de générosité. On ne pourra plus se plaindre de se voir imposé la taxe Microsoft quand on veut acheter un PC. Sauf que le discours prend très vite un autre ton, qui ne doit pas tout à fait être du goût de Canonical, la société qui fabrique Ubuntu. C'est même tellement étrange qu'on se demande s'ils n'ouvriraient pas un parapluie pour conserver leurs accords avec Microsoft. Pour les deux du fond, Ubuntu a été créé POUR le débutant en Linux, voire le débutant en informatique tout court. Et il s'en sort plus que bien (mieux que d'autres) comme l'a prouvé une expérience sur des grands-mères qui voulaient se mettre à l'informatique.

Mais voilà ce qu'on trouve dès la première ligne :
"Nous sommes heureux d'offrir aux utilisateurs avancés et férus de technologie un nouveau système d'exploitation open source".

Qu'est-ce que-t-il de quoi plaît-il ?
Moi qui ait fait malgré moi un peu de markéting, je sens tout de suite l'essai de prise de contrôle de l'inconscient, pas vous ? C'est quoi, un utilisateur avancé ? Avancé par rapport à quoi ? Et pourquoi faut-il être féru de technologie pour prétendre à ce système, alors qu'il est fait pour les débutants ? Remarquez l'association subtile qui est faite entre ces qualificatifs et le terme "open source". Quelqu'un qui n'y connait rien aura du mal à dissocier tout ça, open source, utilisateur avancé, férus de technologie. En gros, si vous n'êtes pas sûrs de vous, ouh là, vous ne savez pas à quoi vous vous engagez. Courage, fuyez.

Mais ce n'est pas tout, il faut encore franchir une barrière :
"Le principal élément à retenir est qu'en optant pour un système open source, vous n'obtiendrez pas un système d'exploitation Windows®. Si vous êtes arrivé ici par erreur et que vous recherchez un ordinateur Dell équipé de Windows®, utilisez le lien suivant".

Vous avez bien compris, hein ? Allez, pour être sûr : "Windows®". Vos paupières sont lourdes. Et oui, "obtention" a une connotation de récompense, de quelque chose de mérité.

C'est une façon très étrange de faire la promotion d'un produit, non ? D'ailleurs c'était censé être une révolution, mais ils ne mettent même pas de lien depuis la page d'accueil. Il faut être demandeur, sinon on ne peut arriver par hasard sur la page proposant Ubuntu. Il y a bien quelques qualificatifs positifs approximatifs dans la suite du descriptif ("L'open source est généralement plus fiable et plus flexible, et bénéficie de mises à jour et correctifs plus rapides, le tout à moindre prix", heu, moindre prix, ça veut dire gratuit, il faut le deviner), mais le tout est pondéré de mises en gardes qui feraient fuir les plus téméraires : "si vous êtes un expert", "certains logiciels open source requièrent des connaissances avancées ou intermédiaires" (pas plus que sous Windows® ou Mac®), "ne pas être compatibles avec les mêmes logiciels et matériel que les systèmes d'exploitation Windows®"(oui, comme de entre XP et Vista, au pif)...


C'est terrible, un coup de communication comme ça. Parce que c'est présenté de telle sorte que la bonne volonté qui décide de s'intéresser à cette offre plie bagage tout de suite. En plus ça entretient la légende urbaine selon laquelle il faut un doctorat en exophysique binaire pour toucher à Linux. Ce qui doit faire les bonnes affaires d'un certain Bill. C'est fort étrange.

Enfin, et c'est le clou de l'histoire, les configurations proposées par Dell frisent le ridicule. Ou l'insulte. Soit il s'agit pour Dell de se débarrasser des invendus, soit ils font une énorme marge sur le système d'exploitation. A comparer deux configurations sous Ubuntu et Windows, Ubuntu est très souvent plus cher ! Mais comment est-ce que c'est-il donc possible ? -t-il ? Microsoft donnerait de l'argent à Dell pour qu'ils installent Windows ? Ou Dell essaie de profiter d'une niche pour faire une bonne marge, comme on l'apprend en cours d'économie en BTS ?

Ah tiens, je me penche par hasard sur un détail : la seule souris proposée pour une configuration avec Ubuntu n'a même pas de molette : deux boutons seulement. Et le clavier est qualifié sans complexes ni choix comme étant "d'entrée de gamme". Il n'est pas né, le jour où j'achèterai un ordinateur Dell, tiens. Bah oui, je suis comme ça, ça m'énerve quand on vous prend pour des imbéciles.


Je m'appelle Dell, je vends des ordinateurs et j'ai repéré que des clients voulaient avoir un produit qui ne me rapporte pas d'argent à la vente. En plus, j'ai des vieux machins
invendables dans mon grenier.

Amis pigeons, bonsoir.

Un gibbon courageux

Je fête la 50.000ème visite sur ce carnet par une très bonne nouvelle : la sortie imminente de Ubuntu 7.10, nommée Gutsy Gibbon.

Pour les anglophones : un article du New York Times au sujet de cette sortie.

C'est le moment de vérifier que vous avez un CD vierge à portée de main : dans 2 jours sort le Gibbon. Si vous avez entendu parler de Linux mais que vous n'avez pas encore testé ce que ça donne, laissez-moi vous rappeler le principe de cette distribution. Car les statistiques de l'Eire de rien sont claires et sans équivoques : 91,94% d'entre vous utilisez Windows, 4,50% un Mac et Linux plafonne à 3,44%. C'est beau, le monopole, mais c'est triste un peu, aussi.

Ubuntu ("je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous"), c'est un système d'exploitation (on dit OS, pour Operating System), comme l'est Windows. Mais certains n'hésitent pas à dire que l'analogie s'arrête là.

Linux est d'abord une philosophie selon laquelle l'informatique appartient gratuitement à tous et que les instruments informatiques s'adaptent d'autant plus aux besoins de chacun que tout le monde peut participer à leur développement. Et ça ne veut pas forcément dire qu'il faut connaître la programmation informatique, on peut participer en donnant son avis, faisant de la traduction, etc.

Mais comment ce système, qui met des logiciels gratuitement à disposition de tous peut-il être rentable pour les développeurs ? Eh bien il y a plusieurs sources de revenus possibles. La première est sans doute la plus simple, c'est de se faire sponsoriser par un milliardaire comme Mark Shuttleworth, le Sud-Africain rendu célèbre comme étant le premier touriste dans l'espace. C'est lui qui a lancé l'aventure Ubuntu, avec tout ce que ça implique d'ouverture aux non-initiés à Linux. Le monde de Linux, en effet, est comparable au Parti des Verts : on y trouve quelques fanatiques qui sont tellement persuadés du bienfondé de leur raisonnement qu'ils en sont intransigeants et finalement assez peu tolérants. Pour eux en gros, il faut "mériter" Linux, ce qui ne peut se faire qu'en transpirant pendant des mois sur du code, faire ses propres expériences qui débouchent obligatoirement sur des échecs, ce qui nécessite de la persévérance à toute épreuve.

Un milliardaire, ça ne se trouve pas comme ça. Certaines entreprises embauchent des développeurs pour créer des logiciels qu'elles mettent ensuite à la disposition de tout le monde. Ce sont donc des salariés. Ensuite, d'autres entreprises embauchent des développeurs qui ont fait leur preuves grâce à des logiciels qu'ils ont écrit : développer du libre est un atout important sur un CV, surtout si le logiciel créé connait le succès. En parallèle, il y a bien sûr le service après vente qui peut être payant, etc. Ce n'est donc pas uniquement le plaisir de travailler gratuitement qui régit le "monde libre" : tout le monde peut y trouver son compte. Sans compter la bonne image qu'une entreprise récupère à mettre des logiciels en libre service.

Ubuntu a été créé pour permettre aux non initiés d'utiliser Linux. Le temps du fameux écran noir sur lequel il fallait taper des codes sibyllins est donc une branche de Linux qui se réduit : on peut tout faire avec une souris sur Ubuntu (comme maintenant sur d'autres distributions). On peut même choisir son interface graphique (qui affiche le bureau, les icônes, l'accès aux paramétrages, etc.) entre KDE, Gnome ou Xfce. Il faut rendre à Bill ce qui appartient à Bill : c'est justement l'interface graphique de Windows qui lui a permis de se déployer avec autant de facilité puisque tout est bien plus facile avec une souris. KDE est assez proche de l'interface graphique de Windows : en bas à droite, on peut cliquer sur un bouton qui va ouvrir une fenêtre avec des raccourcis. Gnome est différent : on y trouve en général 3 onglets en haut à gauche (applications, raccourcis et système), qui organisent les accès aux différentes applications disponibles. Je ne connais pas Xfce pour ne l'avoir jamais essayé, mais son principe est de se débarrasser des éléments qui nécessitent un traitement lourd par l'ordinateur, il est donc plutôt destiné à des ordinateurs un peu plus vieux. Sans rentrer dans les détails, on peut installer à peu près toutes les grandes version de Linux avec Gnome ou KDE, ce qui fait qu'on n'est pas trop perdu quand on passe de Mandriva à Fedora ou Ubuntu, par exemple.

Mais revenons à notre Gibbon. Il va être disponible en Live-CD, ce qui est une pratique plus que répandue maintenant : il suffit de télécharger (gratuitement) un gros fichier (700Mio, ici pour la version "prête à être distribuée"), et le graver sur un CD. Mettre le CD dans son lecteur et redémarrer l'ordinateur, et c'est parti. Bien entendu, ce Live-CD ne touche à rien sur votre ordinateur, il n'y a absolument aucun risque de détériorer vos données. En revanche, vous pourrez trouver que c'est un peu lent mais c'est normal puisque le transfert de données se fait entre le CD et la mémoire vive de votre ordinateur et pas entre le disque dur et la mémoire vive (ce qui serait le cas si Ubuntu était installé sur le disque dur); un disque dur est bien plus rapide qu'un CD à la lecture. Mais je vous rassure, Ubuntu est, si vous voulez l'installer, très nettement plus rapide que Windows XP. Vista, n'en parlons pas !

Parmi les nouveautés, il y a la lecture ET l'écriture sur les partitions NTFS (Windows). C'est très important, car installer Ubuntu ne veut pas dire supprimer Windows. Je n'ai jamais supprimé Windows d'ailleurs, j'ai les deux sur mon pc et je choisis quel OS lancer au démarrage.

Ça veut tout simplement dire que si vous voulez installer Ubuntu sur votre pc (il suffit de cliquer sur une icône quand vous êtes sur le Live-CD), vous pouvez choisir de garder Windows et même de faire une partition supplémentaire sur votre disque dur sur laquelle vous mettrez vos données afin d'y accéder aussi bien depuis Linux que depuis Windows. Sur mon disque dur de 100Gio par exemple, j'en ai réservé 15 pour chacun des OS, et le reste à mes données (à peu de choses près car l'installation de Linux nécessite d'autres partitions, tout se fait automatiquement).


Quelques rappels quand même sur l'intérêt de Linux. D'abord, une structure Linux organise les données de façon très intelligente. Il y a d'un côté le système, et d'un autre les données. C'est imperméable, ce qui explique pourquoi il n'y a pas de virus sous Linux : même vous, vous devrez taper un mot de passe administrateur pour y accéder. Ce n'est pas gênant, ça devient la routine très vite surtout quand on sait le bénéfice que ça apporte. Car pas de virus, ça veut dire pas d'anti-virus, donc pas de programme qui tourne en fond et qui ralentit la machine d'autant.

Ensuite, toujours dans le même principe, il n'y a pas de défragmentation, car au lieu de remplir les trous à l'installation d'un logiciel, le système cherche un trou qui aura la taille du logiciel. Gain de rapidité énorme, pas de parte de vitesse avec le temps.

L'installation de nouveaux logiciels est simplissime. Il suffit de lancer un programme qui les liste tous par catégorie (par exemple jeux, bureautique...), cocher la case qui correspond au logiciel ou type de logiciel que vous recherchez, cliquer sur appliquer et l'installation se fait toute seule. Pour désinstaller un logiciel, même chose, sauf qu'il suffit de décocher la case. La mise à jour est elle aussi centralisée, elle se fait d'une seule fois pour tous les logiciels et pour le système, le cas échéant.

Rappelez-vous vos premiers pas sous Windows. Il fallait chercher quoi faire, apprendre les raccourcis, comprendre ce qu'il fallait faire. Linux est différent de ce à quoi on est habitué avec Windows, mais l'adaptation est terriblement plus simple : tout est logique. Et puis c'est tout plein de petits détails qui, on s'en rend compte rapidement, rendent la vie plus simple. C'est normal, vu le nombre de personnes qui y travaillent dans le monde.

La question qui fâche la communauté du "Libre", c'est le format propriétaire, c'est à dire une façon de coder les informations développée par une entreprise qui a déposé un brevet sur le code. Le plus connu serait le MP3. Puisque c'est un format propriétaire (donc non libre), il faudrait pour l'utiliser verser des droits à son propriétaire, or c'est à l'opposé de l'esprit du Libre. En contrepartie, il est difficile de rendre un OS intéressant pour le grand public si l'on ne peut même pas y lire un MP3, non ? La question est tranchée pour Gutsy Gibbon : les formats propriétaires ne sont pas installés, mais installables d'un simple clic. Exactement comme quand vous lisez un PDF sur Windows pour la première fois : il faut télécharger 2 ou 3 trucs une fois pour toute.

Si Linux a tant de mal à percer face à Windows malgré ses atouts, c'est d'abord parce qu'il n'y a pas le même budget publicité. Alors j'y apporte ma pierre, dans le bon principe de ce monde "Libre".


Plus d'infos :
http://www.ubuntu-fr.org/ (en français)
http://www.ubuntu.com/ (en anglais)

Et le test sympa d'un blogueur :
http://giz404.freecontrib.org/?2007/10/15/336-ubuntu-710-gutsy-gibbon-le-test


13 oct. 2007

Science de cuisine

Alors que mon cours de 5h de modélisation financière de ce samedi matin a été annulé et que la radio ne parle que de la demi finale de 2003 qu'on a perdue contre les All Whites, je surfe un petit peu sur l'un de mes supports favoris : YouTube.

Après avoir trouvé une vidéo conspiratrice selon laquelle il y a un consensus mondial de la part des scientifiques pour nous mentir sur la véritable nature de la Terre qui, comme l'auteur de la vidéo le prouve par une animation, passe son temps à grossir (la preuve, l'Amérique du Sud s'emboîte parfaitement dans l'Afrique de l'Ouest), après avoir rigolé de voir des fils transparents sur des vidéos où on est censé apprendre comment annihiler la gravité, je tombe sur des expériences faites sur la visualisation du son. Il s'agit d'une plaque de métal qui vibre en fonction d'une fréquence sonore donnée et sur laquelle quelqu'un jette de la farine. La complexité grandissante des formes à géométrie presque parfaite est extraordinaire :




Puis je tombe sur un mélange d'eau avec du "cornstarch", ou farine de maïs, voire Maïzena qui est une marque déposée. Pour les non anglophiles, il s'agit simplement d'un mélange farine-eau, secoué à différentes fréquences. La caméra est synchronisée avec ces fréquences, ce qui donne l'impression que le mélange ne bouge pas ou se meut lentement. Les trous sont faits avec de l'air soufflé grâce à une paille, et les résultats sont étonnants. Remarquez, à la fin, qu'il y en a un qui essaie de s'échapper sur la gauche :





10 oct. 2007

Un petit buzz

Le web est magique, avec ses communautés ouvertes à ceux qui en ont les clefs. Un effet qui, quand il est réussi, assure une couverture marketing élargie à peu de frais, c'est le "buzz". On imagine bien un essaim d'abeilles sur un pot de miel qu'on aurait oublié, ouvert, sur la table de la terrasse, des mouches bleues qui virevoltent avec excitation sur un résidu de colique canine, ou plus parisiennement un tas de pigeons idiots, malades et sales sur les miettes de pain que leur jette une vieille dame au Parc Monceau pour se donner un peu de poésie dans ses vieux jours.

Des buzz réussis sont par exemple ceux de Apple, qui en connait tous les principes et réussit son coup à chaque fois. L'iPhone, téléphone tactile sans (ou presque) options, se vend 4 ou 5 fois plus cher qu'un autre téléphone, simplement pour les beaux yeux de Steeve Jobs, le fondateur de la marque. Nokia avec son N95 tente de rattraper le coup à son compte en rappelant les capacités bien supérieures de ce téléphone, mais la sauce ne prend pas tant que ça. Microsoft fait ce qu'il peut, mais c'est pas parce qu'on loue la Défense pour y installer des projos de toutes les couleurs qu'on est pour autant capable de sortir un système d'exploitation correct. Ah pardon, c'est l'inverse, Vista est mauvais, c'est pour ça qu'il fallait mettre le budget publicité à la hauteur. Hem. Rassurons-nous, les Service Packs sont prévus pour bientôt, pour "plus de sécurité, plus d'ergonomie, plus de tout". Pour l'argumentaire, revoir ceux sortis à l'occasion des SP1 & SP2 de Windows XP. De toute façon, qui hésiterait à télécharger ces packs puisque sans eux, nous dit Microsoft, on court des risques de plein de choses. Installons ces packs, et on sera à l'abri jusqu'au lancement des suivants.

Bref, le buzz peut permettre de vendre un truc en détournant l'attention du client potentiel. Comme Aéro, l'interface graphique de Vista, dont (je sais, je me répète) le fonctionnement n'est correct qu'avec une machine qui n'est pas pour tout de suite. Et qui n'arrive pas à la cheville de ce que me fait mon Linux Fedora alors que je n'ai même pas de carte graphique. Le monde est injuste, tout de même.

Le buzz du moment c'est pour ceux qui suivent, c'est l'entreprise Hasbro qui l'a très bien réussi. Il s'agit de voter démocratiquement pour élire la ville qui prendra la place de la rue de la Paix dans une énième version du Monopoly. Mais laisser le bas peuple décider d'une question aussi grave mène forcément à de vils abus. Et Hasbro a dû changer légèrement sa politique marketing en cachant les scores des villes les mieux classées : un imbécile (ils se sont peut-être mis à plusieurs, en tout cas il y a même un site dédié) a lancé l'idée de voter en masse pour la ville de Montcuq, bien connue depuis le fameux squètche de Prevost. Ce vote stupide va mettre la direction marketing devant ses responsabilités : vont-ils effectivement tenir leur promesse ? Car la population de Montcuq semble avoir été multipliée virtuellement (officiellement 1.400 habitants), et elle était loin devant toutes les autres villes le dernier jour avant le masquage des scores : 56.412 voix contre 33.150 à Dunkerque et 27.726 à Perpignan. Comme le buzz ne devrait pas s'éteindre avant la fin des votes, il y a peu de chances que cette tendance ne se renverse. D'ailleurs pour prendre la mesure d'un buzz réussi, rien de tel qu'une recherche sur Google : 551.000 réponses pour l'expression "voter pour Montcuq" en ce moment.

Ah, on me fait signe que Hasbro ne révèlera les villes gagnantes que dans un mois. Le temps de dépouiller le vote électronique. Ou plus vraisemblablement attendre que le buzz s'éteigne, "on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher". Un peu comme l'arbitre qui fait durer le match de l'Angleterre pour qu'elle puisse mettre son 4ème essai et prendre le point bonus, quoi.

Pour voter pour Montcuq, c'est facile, faites comme moi : allez sur le site, cliquez sur "ville joker", et indiquez "Montcuq", dans le département 46. Comme raison de mon vote, j'ai mis quelque chose comme "C'est ça, la France".


Et pour la route, Prevost dans ce moment d'anthologie bien grasse.



7 oct. 2007

Le Sud perd le Nord

Mon pronostic était 22 à 17 pour la France, mais j'étais un peu optimiste. En tout cas cette victoire sur les Blacks va sans doute lancer réellement l'ambiance de coupe du monde que j'attends depuis le début.

Je trouve qu'on ne parle pas assez du cotchine exceptionnel de Laporte, qui a non seulement su mettre des joueurs au long pied à l'arrière, mais aussi fait en sorte que les jokers entrent au bon moment dans le match, au moment où les Kiwis commençaient à perdre leur concentration.

Chââââbâââââl !!!
Dominici !!!
Miichââââlââââââââk !!!!

Des stars, ces mecs, dans le sens rugbystique. Pourquoi la France va-t-elle gagner cette coupe du monde ? Eh bien parce qu'on a perdu contre l'Australie en 99 : on ne perd pas de vue qu'un match réussi n'assure pas la victoire dans le match suivant. La France a perdu son statut de facori après son match contre l'Argentine. Avant ce match, tout le monde prédisait une finale NZ-France. Les Kiwis avec qui j'avais discuté coupe du monde, à Auckland, me disaient qu'ils ne craignaient qu'une seule équipe (la France), parce que les Français sont imprévisibles, et que quand ils jouent bien, personne ne peut les battre.

Il semble qu'on se dirige vers une finale contre l'Afrique du Sud. L'Argentine passera difficilement, même si ça serait tellement bon de leur mettre une fessée pour laver l'affront de poule !


L'Angleterre, qui a aussi éliminé l'Australie par 2 points, a rappelé à tout le monde qu'elle savait se battre. Et ça a été un beau match ! Ils ont admirablement su profiter de leur terrible domination à l'avant, pour fatiguer, fatiguer, et fatiguer les avants Wallabies. Ils ont su subir mais garder leur cohésion. Tout comme la France, qui sort avec à peu près 30% de possession de balle, mais 178 plaquages contre 36 pour les Blacks !

Intéressant ce respect mutuel qu'apportent ces victoires. Les Français soutenaient les Anglais, et les Anglais ont supporté la France. Les mauvaises langues disent que c'est parce qu'ils ne voulaient pas rencontrer la Nouvelle-Zélande, mais on va laisser un voile pudique sur ces allégations réalistes.

En tout cas, le menu du dîner de samedi prochain est prêt : on va bouffer du rosebiffe.

2 oct. 2007

La coupe est pleine

[Dédié à Fred Godard]

Je suis très déçu par cette coupe du monde de rugby, pour plusieurs raisons. Non pas qu'on ait perdu contre l'Argentine, ou que l'Irlande soit éliminée, ou encore qu'on joue à Cardiff pour les quarts de finale, c'est le jeu. Mais il y a des limites.

D'abord, la Fédération Internationale (IRB, International Rugby Board) est incapable de nous proposer des arbitres dignes de ce nom. Pourquoi, par exemple, y avait-il un arbitre écossais à Edimbourg lors du dernier match de l'Ecosse ? D'accord, ce n'était que le 5ème arbitre, mais l'un des quatre arbitres actifs aurait pu avoir à se faire remplacer. Ça arrive, sinon il n'y aurait pas d'arbitres remplaçants. L'arbitre Irlandais (qui au passage n'a pas vu deux en-avants français lors du match contre la Namibie, tous les deux menant à deux essais français) a arbitré deux matches de la France, alors que l'Irlande était dans notre poule. L'Australie (qui méritait aussi largement de gagner, là n'est pas la question) a aussi marqué deux essais sur deux en-avants flagrants. L'arbitre Sud-Africain du match de l'Irlande était si mauvais que je n'en reviens toujours pas. L'Argentine méritait bien sûr de gagner, mais ça n'explique pas pourquoi aucun des arbitres de terrain n'a jamais vu les coups de coude dans le nez mis systématiquement aux Irlandais qui relançaient au pied.

Ça mérite une petite explication technique. Quand un camp (appelons-les les "blancs") tape au pied dans le camp adverse (appelons-les les "Vverts"), loin derrière, la balle est récupérée par un vert qui a plusieurs solutions pour relancer le jeu. Soit il relance à la main, ce qui est rare puisqu'il est a priori loin dans son camp, donc le risque de se faire piquer la balle par un blanc est fort alors qu'il n'aurait pas ou peu de coéquipiers près de lui. Soit il relance au pied, ce qui arrive le plus souvent. En effet, quand il subit ce coup de pied, ses adversaires blancs courent très vite vers lui contrairement à ses coéquipiers qui doivent se retourner, puis courir, puis prendre position derrière lui avant d'avoir le droit de défendre. Le coup de pied est donc la seule défense valable de ce dernier défenseur qui reçoit la balle, la plupart du temps. Or au rugby, il y a une ligne symbolique crée par le ballon, à la perpendiculaire des lignes de touche, et tout joueur dont l'équipe a la balle est interdit d'intervenir dans le jeu quand il est au-delà de cette ligne (hors-jeu), c'est à dire quand la balle est derrière lui. Quand le ballon est en l'air, cette ligne de hors-jeu se déplace pour se mettre au niveau du dernier porteur de balle, en l'occurrence le joueur vert qui aura tapé ce coup de pied défensif.

Quand on considère ces deux éléments (le coup de pied défensif et le hors-jeu), ça implique aussi que les joueurs verts n'ont pas le droit d'intervenir dans le jeu s'ils sont devant le défenseur qui tape le coup de pied défensif : ils doivent attendre qu'il les ait dépassé sous peine d'être hors-jeu et de se prendre une pénalité qui par définition ne sera pas très loin de leur propre ligne d'embut (puisque le joueur a récupéré le ballon près de sa ligne). C'est une erreur de vouloir jouer alors que l'auteur du coup de pied défensif est encore derrière soi, et j'ai pas mal souffert quand je jouais à l'université ou à l'école de voir des débutants jouer malgré tout, entraînant ipso facto une pénalité contre leur camp. Enfin bref. Puisque le joueur vert qui a tapé vers le camp adverse doit remonter le terrain et dépasser ses coéquipiers pour leur permettre de jouer, le réflexe compréhensible mais interdit des joueurs blancs va être de freiner la course de ce joueur vert, empêchant ainsi tout l'équipe verte de jouer. C'est pour ça que le joueur qui tape au pied doit toujours suivre la balle, à moins que les membres de son équipe ne soient au même niveau, ce qui est le cas lors des phases d'attaque (revoir les essais de la France grâce à des "coups de pied à suivre" près de l'embut adverse).

Sauf qu'à un niveau international comme une coupe du monde, les arbitres sont censé avoir ce réflexe de vérifier que le joueur vert qui a tapé a bien le champs libre pour remonter, car un blanc qui s'interpose fait "écran", et comme ce n'est pas du foutbaule américain, c'est interdit de bloquer un joueur qui n'a pas la balle. Sanction : pénalité. Deuxième sanction : carton jaune, c'est à dire exclusion du terrain du joueur fautif pendant 10 minutes.

Les Irlandais ont payé cher ces inaptitudes partagées par les trois arbitres de champs, qui regardaient je ne sais pas où puisque le ballon étant dans les airs, leur seul focalisation aurait dû être de vérifier qu'il n'y avait pas blocage par les Argentins. Mais les Irlandais se sont pris nombre de coups d'épaule ou de coude dans le pif.

Les arbitres ont un niveau déplorable. Il existe pourtant des arbitres dignes de ce nom, il faut croire qu'il n'y en a pas assez pour que tous les matches de la coupe y aient droit.

Il y a un second problème de taille, qui n'a cette fois pas de rapport avec le IRB.
Qui est le con qui a autorisé TF1 à diffuser les matches ? Est-ce uniquement parce qu'ils ont mis plus d'argent sur la table ? Mais c'est inadmissible !! On n'a pas le droit de voir 1/5 des matches de cette coupe du monde qui se déroule quand même en France, simplement parce qu'ils veulent en profiter pour nous vendre un abonnement à Eurosport !!

Mais ce n'est pas tout !!!

Quel est l'incapable qui fait la réalisation ??? On n'a pas un seul ralenti, on ne peut donc rien voir, les plans sont soit trop larges, soit trop rapprochés, et il est évident que personne dans le staff n'a jamais filmé un match de rugby et ne sait pas ce qui peut se passer dans telle ou telle situation de jeu. Habitué à l'excellent travail de France Télévision, je ne comprends pas comment TF1 ose diffuser des matches de rugby en les prenant pour des matches de foute. L'action est trop compliquée pour eux, ils ne peuvent pas suivre. TF1, je te le dis dans les yeux : tu fais de la merde. Le seul capable dans le staff est Thierry Lacroix, mais pour faire quelque chose de correct, il aurait fallu débaucher toute l'équipe de France Télévision. Comme promotion du rugby, c'est complètement raté, c'est minable, pitoyable. C'est même bien pire qu'un match de rugby proposé par la télévision italienne, et je pèse mes mots.

Alors s'il y a un recours, une manif, je serai le premier à y participer pour que les matches de rugby soient tous diffusés sur des chaînes gratuites, et par France Télévision. Y en a marre de ce foutage de gueule. En plus j'apprends que TF1 se positionne pour diffuser aussi les prochains tournois des 6 nations. S'ils en ont les moyens financiers, leurs capacités se limitent bien à ça.

Non mais qu'est-ce que c'est que ce travail.