L'accent grâve
- Hazigône !
- Haïoudoun !
Voici les deux mots qu'il faut absolument connaître en Irlande. Ce n'est pas du Gaélique. C'est de l'anglais. Mais si, un petit effort... Ca veut dire "How is it going" et "How are you doing". Des phrases, comme en Français, où l'on a perdu le sens de la question et pour lesquelles on n'attend pas de réponse réfléchie. Genre :
- "Ca va ?"
- "Ca va et toi ?"
- "Moi, ça va"
Etc, revoir le squetche de Coluche. A part ça ? Ben ça va.
Je me rappelle notre proprio, à qui l'on s'était plaint de voir la facture de gaz multipliée par 3 alors qu'on a coupé le chauffage depuis des mois. L'estimation de notre consommation au 29 mars, telle que donnée sur la facture, était de 541kWh. J'ai même suggéré que la facture du n°20, Brookview, était affiliée à un autre compteur que celui de notre appartement.
Le proprio, qui est un businessman, a donc vérifié avec nous les compteurs. Au 30 avril, le compteur était à 420kWh, soit plus de 120kWh malgré un mois écoulé depuis la facture. Là, il s'est retourné vers moi et m'a dit :
-Dats eu fôquinne chchchaït, ia nô ouaminne ? Eu fôquinne chaït !
Il voulait dire, bien sûr :
- That's a fucking shit, you know what I mean ? A fucking shit !
Traduction : "c'est de la putain de merde [ce système de facturation du gaz, ndr], tu vois ce que je veux dire ? de la putain de merde". J'accorde que c'est du vocabulaire fleuri, mais l'Irlande est avant tout une puissance agricole de premier plan. Alors les fleurs, ils connaissent. Faut dire qu'il gère des dizaines d'appartements, alors refaire les calculs à chaque fois, il y a de quoi s'énerver.
C'est marrant, mes amis Coréens de l'Institut disent plutôt "chète", les Français plutôt "chitte".
Le "Hazigône" doit s'accompagner d'un coup de mâchoire sur le côté. Ou d'un coup de tête de l'autre, si l'on veut. Et on le dit à n'importe qui dont on croise le regard dans la rue, ou qui se tient à l'entrée du pub où l'on se présente.
Le "Haïoudoun" est plutôt réservé aux gens que l'on connaît mais se dit d'un coup de mâchoire en avant. C'est très subtile, mais personne n'en veut à ceux qui se trompent entre les deux.
Je pourrais parler des espagnols qui, s'ils sont impressionnants dans leur apprentissage de la langue anglaise (ils sont arrivés avec les connaissances d'anglais que j'avais au bout d'un mois en 6ème) ont étrangement tous les mêmes impondérables dans le langage. Par exemple, ils conservent le "h" aspiré à l'espagnole. Pour le comprendre, dites le "h" anglais, puis serrez la gorge et remontez le fond de la langue vers le palais (sans s'étouffer non plus). Ca fait un bruit très particulier. Un exemple vaut toujours mieux qu'un discours, dis-je souvent. C'est parti, présentation d'elle-même d'une étudiante espagnole, après 8 mois à apprendre l'anglais sur place.
- I am ène estudiante, I live in Espain, I hhhhave not sleeping well tonight because I was bély bély(*) drunk.
(*) Je l'avais oublié celui-là, le "v" ils ne le reconnaissent pas toujours.
On se moque... parce que c'est facile et qu'on les aime bien. Ils sont Latins, eux aussi.
Une Française a dit, texto, cette phrase qui m'a fait recracher une gorgée de café (de rire, je croyais qu'elle faisait exprès...) :
- If you wasn't telling to me zat, I can't know.
A tes souhaits.
Allez, puisque j'y suis, je vous raconte la dernière blague qui concerne les étudiants internationaux. Le Monsieur qui s'occupe de l'emploi du temps des examens, très respectable puisqu'il a une secrétaire, est harcelé par des représentants de notre groupe depuis le mois de mars afin qu'il se décide à fixer les dates de partiels. En effet, plus on attend, plus les prix de nos retours vers nos patries montent. Il y a une semaine, l'emploi du temps définitif est enfin sorti sous forme de tableau Excel(TM)(C)(all rights reserved)(we trial at sight). Déjà, on lève tous ensemble le sourcis droit. Inutile d'essayer d'évangéliser un Irlandais de plus de 50 ans sur l'intérêt des logiciels libres, alors se permettre de soulever le point qu'un tableur comme Excel(TM)(C)(all rights reserved)(we trial at sight) n'est pas l'outil adapté, je ne me le permettrais jamais. Mais bon, une simple recherche sur un site comme Framasoft suffit pour découvrir des centaines de logiciels compétents et gratuits. Bref, là n'est point le sujet. Faire un emploi du temps pour 5.000 étudiants sous un tableur, ça explique pourquoi il sort si tard.
En regardant de plus près (apprétez-vous à soulever le second sourcil avec moi), quelle ne fut pas ma surprise ? Je constatais avec consternation que les 4 épreuves que je dois passer sont étalées sur plus de 2 semaines. Ca fait long. Mais le vrai problème, c'est qu'il me faut patienter 9 jours entre la 3ème et la dernière épreuve, qui se trouve être une épreuve de 2h d'anglais.
C'est inadmissible.
Ou alors, seconde explication, c'est que cette personne ait voulu nous faire comprendre qui est le chef (on a remué tout l'Institut, tous les chefs de département, sans succès). Et dans ce cas, c'est inadmissible.
La menace de mettre cet incident dans nos rapports Erasmus, qui a fait pâlir certains responsables, n'aura rien fait.
C'est que, quand on a des stages à faire (ce qui ne concerne pas vraiment les étudiants Irlandais), on apprécie que l'emploi du temps vienne assez tôt de manière définitive.
Mon école (qui vient de se voir renouveler le droit de délivrer le grande de Master pour 3 ans, le maximum, et qui vient d'intégrer - enfin la conférence des grandes écoles), comme beaucoup d'autres en France, nous permet de nous préparer assez tôt en nous donnant dès la rentrée les emplois du temps de toute l'année ainsi que la semaine de partiels.
Le fait de passer plusieurs épreuves le même jour relève ici de la science-fiction. Il faut bien avoir deux ou trois jours entre deux épreuves pour retailler ses crayons, non ? Les Irlandais rendent leurs devoirs et partiels écrits au crayon gris, allez savoir pourquoi.
Allez, je me calme, de toute façon on n'y peut plus rien. Je ramène ma femme le 16 à Paris, je ferai un aller-retour pour les 2h d'anglais le 24. Dire qu'il me faut moins de 15 points sur 100 pour valider cette matière. Vous ne pouvez m'entendre, mais je suis en train de dire/faire des "h" à l'espagnole.
Je vais reprendre mes révisions, parce que j'ai quand même une semaine pour ne faire que ça. Heureusement, le soleil est là, il fait au moins 20C° dehors, et les Irlandais on tous troqué les paquets de chips pour des cornets de glace, qu'ils mangent avec gourmandise, la main libre reposée en général sur la partie horizontale supérieure de leur ventre. Clémence lit Proust en débardeur dehors. Ca ravive le bronzage, dit-elle. De mon côté, je n'ai pas de chance, j'ai commencé à peler sévèrement du tibia gauche.
Curieusement, les Irlandaises, qui n'hésitaient pas à se mettre en ceinture pendant l'hiver (cf un précédent mien article en lien plus haut), sont toutes en pantalon depuis le début de la canicule.
Bah oui, 20°C de température et un soleil qui est à 45° au dessus de l'horizon, c'est le coup de soleil assuré.
Mais Boca Chica, c'était pas mal non plus ;)
- Haïoudoun !
Voici les deux mots qu'il faut absolument connaître en Irlande. Ce n'est pas du Gaélique. C'est de l'anglais. Mais si, un petit effort... Ca veut dire "How is it going" et "How are you doing". Des phrases, comme en Français, où l'on a perdu le sens de la question et pour lesquelles on n'attend pas de réponse réfléchie. Genre :
- "Ca va ?"
- "Ca va et toi ?"
- "Moi, ça va"
Etc, revoir le squetche de Coluche. A part ça ? Ben ça va.
Je me rappelle notre proprio, à qui l'on s'était plaint de voir la facture de gaz multipliée par 3 alors qu'on a coupé le chauffage depuis des mois. L'estimation de notre consommation au 29 mars, telle que donnée sur la facture, était de 541kWh. J'ai même suggéré que la facture du n°20, Brookview, était affiliée à un autre compteur que celui de notre appartement.
Le proprio, qui est un businessman, a donc vérifié avec nous les compteurs. Au 30 avril, le compteur était à 420kWh, soit plus de 120kWh malgré un mois écoulé depuis la facture. Là, il s'est retourné vers moi et m'a dit :
-Dats eu fôquinne chchchaït, ia nô ouaminne ? Eu fôquinne chaït !
Il voulait dire, bien sûr :
- That's a fucking shit, you know what I mean ? A fucking shit !
Traduction : "c'est de la putain de merde [ce système de facturation du gaz, ndr], tu vois ce que je veux dire ? de la putain de merde". J'accorde que c'est du vocabulaire fleuri, mais l'Irlande est avant tout une puissance agricole de premier plan. Alors les fleurs, ils connaissent. Faut dire qu'il gère des dizaines d'appartements, alors refaire les calculs à chaque fois, il y a de quoi s'énerver.
C'est marrant, mes amis Coréens de l'Institut disent plutôt "chète", les Français plutôt "chitte".
Le "Hazigône" doit s'accompagner d'un coup de mâchoire sur le côté. Ou d'un coup de tête de l'autre, si l'on veut. Et on le dit à n'importe qui dont on croise le regard dans la rue, ou qui se tient à l'entrée du pub où l'on se présente.
Le "Haïoudoun" est plutôt réservé aux gens que l'on connaît mais se dit d'un coup de mâchoire en avant. C'est très subtile, mais personne n'en veut à ceux qui se trompent entre les deux.
Je pourrais parler des espagnols qui, s'ils sont impressionnants dans leur apprentissage de la langue anglaise (ils sont arrivés avec les connaissances d'anglais que j'avais au bout d'un mois en 6ème) ont étrangement tous les mêmes impondérables dans le langage. Par exemple, ils conservent le "h" aspiré à l'espagnole. Pour le comprendre, dites le "h" anglais, puis serrez la gorge et remontez le fond de la langue vers le palais (sans s'étouffer non plus). Ca fait un bruit très particulier. Un exemple vaut toujours mieux qu'un discours, dis-je souvent. C'est parti, présentation d'elle-même d'une étudiante espagnole, après 8 mois à apprendre l'anglais sur place.
- I am ène estudiante, I live in Espain, I hhhhave not sleeping well tonight because I was bély bély(*) drunk.
(*) Je l'avais oublié celui-là, le "v" ils ne le reconnaissent pas toujours.
On se moque... parce que c'est facile et qu'on les aime bien. Ils sont Latins, eux aussi.
Une Française a dit, texto, cette phrase qui m'a fait recracher une gorgée de café (de rire, je croyais qu'elle faisait exprès...) :
- If you wasn't telling to me zat, I can't know.
A tes souhaits.
Allez, puisque j'y suis, je vous raconte la dernière blague qui concerne les étudiants internationaux. Le Monsieur qui s'occupe de l'emploi du temps des examens, très respectable puisqu'il a une secrétaire, est harcelé par des représentants de notre groupe depuis le mois de mars afin qu'il se décide à fixer les dates de partiels. En effet, plus on attend, plus les prix de nos retours vers nos patries montent. Il y a une semaine, l'emploi du temps définitif est enfin sorti sous forme de tableau Excel(TM)(C)(all rights reserved)(we trial at sight). Déjà, on lève tous ensemble le sourcis droit. Inutile d'essayer d'évangéliser un Irlandais de plus de 50 ans sur l'intérêt des logiciels libres, alors se permettre de soulever le point qu'un tableur comme Excel(TM)(C)(all rights reserved)(we trial at sight) n'est pas l'outil adapté, je ne me le permettrais jamais. Mais bon, une simple recherche sur un site comme Framasoft suffit pour découvrir des centaines de logiciels compétents et gratuits. Bref, là n'est point le sujet. Faire un emploi du temps pour 5.000 étudiants sous un tableur, ça explique pourquoi il sort si tard.
En regardant de plus près (apprétez-vous à soulever le second sourcil avec moi), quelle ne fut pas ma surprise ? Je constatais avec consternation que les 4 épreuves que je dois passer sont étalées sur plus de 2 semaines. Ca fait long. Mais le vrai problème, c'est qu'il me faut patienter 9 jours entre la 3ème et la dernière épreuve, qui se trouve être une épreuve de 2h d'anglais.
C'est inadmissible.
Ou alors, seconde explication, c'est que cette personne ait voulu nous faire comprendre qui est le chef (on a remué tout l'Institut, tous les chefs de département, sans succès). Et dans ce cas, c'est inadmissible.
La menace de mettre cet incident dans nos rapports Erasmus, qui a fait pâlir certains responsables, n'aura rien fait.
C'est que, quand on a des stages à faire (ce qui ne concerne pas vraiment les étudiants Irlandais), on apprécie que l'emploi du temps vienne assez tôt de manière définitive.
Mon école (qui vient de se voir renouveler le droit de délivrer le grande de Master pour 3 ans, le maximum, et qui vient d'intégrer - enfin la conférence des grandes écoles), comme beaucoup d'autres en France, nous permet de nous préparer assez tôt en nous donnant dès la rentrée les emplois du temps de toute l'année ainsi que la semaine de partiels.
Le fait de passer plusieurs épreuves le même jour relève ici de la science-fiction. Il faut bien avoir deux ou trois jours entre deux épreuves pour retailler ses crayons, non ? Les Irlandais rendent leurs devoirs et partiels écrits au crayon gris, allez savoir pourquoi.
Allez, je me calme, de toute façon on n'y peut plus rien. Je ramène ma femme le 16 à Paris, je ferai un aller-retour pour les 2h d'anglais le 24. Dire qu'il me faut moins de 15 points sur 100 pour valider cette matière. Vous ne pouvez m'entendre, mais je suis en train de dire/faire des "h" à l'espagnole.
Je vais reprendre mes révisions, parce que j'ai quand même une semaine pour ne faire que ça. Heureusement, le soleil est là, il fait au moins 20C° dehors, et les Irlandais on tous troqué les paquets de chips pour des cornets de glace, qu'ils mangent avec gourmandise, la main libre reposée en général sur la partie horizontale supérieure de leur ventre. Clémence lit Proust en débardeur dehors. Ca ravive le bronzage, dit-elle. De mon côté, je n'ai pas de chance, j'ai commencé à peler sévèrement du tibia gauche.
Curieusement, les Irlandaises, qui n'hésitaient pas à se mettre en ceinture pendant l'hiver (cf un précédent mien article en lien plus haut), sont toutes en pantalon depuis le début de la canicule.
Bah oui, 20°C de température et un soleil qui est à 45° au dessus de l'horizon, c'est le coup de soleil assuré.
Mais Boca Chica, c'était pas mal non plus ;)
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